La bilinguite

1 12 2016

#BriserLesBarrières — c’est le nom d’une campagne lancée dans les médias sociaux autour de la Journée internationale des personnes handicapées (3 décembre). La campagne a naturellement été conçue en anglais et, dans la langue de Shakespeare, elle s’intitule #BreakingDownBarriers.

Si la campagne avait été pensée en français, on aurait plutôt parlé d’obstacles. Le mot-clic aurait peut-être été #àBasLesObstacles.

Pour moi, le choix très malheureux (et non idiomatique) du mot-clic #BriserLesBarrières est un symptôme de bilinguite.

Qu’est-ce que la bilinguite, demanderez-vous? (Non, n’ouvrez pas le Petit Robert, le DSM ou le Merck.) La bilinguite est une maladie langagière chronique qui frappe les individus bilingues. Elle sévit plus particulièrement dans les organisations et régions caractérisées par un bilinguisme asymétrique. Elle se manifeste entre autres par une insistance bête et aveugle sur un parfait alignement entre les langues et un attachement superstitieux au mot-à-mot. En Amérique du Nord, vous saurez sans l’ombre d’un doute que vous êtes face à un cas de bilinguite si votre locutrice ou votre locuteur vous prie de modifier une traduction avec un argument du genre : « Oui, mais ça ne ressemble pas assez à l’anglais… »

Il va sans dire que la bilinguite est très difficile à traiter.

 





Du pouvoir de la traduction et de la complexité des langues

10 10 2016

Dans un entretien donné au Philosophie Magazine (no 14, novembre 2007), Barbara Cassin partait des mots «mind» (anglais), «Geist» (allemand) et «esprit» pour expliquer combien les choix de la traductrice ou du traducteur peuvent influer en bout de ligne sur l’interprétation qu’on fera d’une œuvre :

« Le fait d’avoir en langue anglaise mind et spirit peut conduire, par exemple, à traduire de deux manière différentes la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. En fonction du choix de traduction, on peut soit faire de Hegel un ancêtre de la philosophie de l’esprit et du mental, soit un spiritualiste religieux. Aucune de ces deux interprétations n’est totalement fausse d’ailleurs, mais on voit bien le pouvoir de la traduction et la complexité différente de chaque langue. »





Style et qualité

7 04 2013

J’ai suivi hier un atelier sur le style avec Lisa Carter, une passionnée de la langue pour qui les mots peuvent être tantôt onctueux comme du beurre, tantôt croquants comme de la crème glacée Rocky Road. Oui, la langue a une texture. Un des défis de la traduction, c’est de réussir à transposer cette texture dans la langue d’arrivée. Cette question de la « texture » ou du style, si vous préférez, se pose même quand on traduit des textes de nature courante. Elle contribue à la qualité de notre travail, car la « texture » du texte est elle-même porteuse d’information sur son autrice ou auteur (son éducation, son état d’esprit, etc.) et sur le contexte dans lequel il a été écrit.

Dans un article paru l’an dernier dans le magazine Circuit, Ágnes Varga faisait le point sur la place de la traduction automatique, à l’heure où la pression pour réduire les coûts n’a jamais été plus grande. Elle affirmait :

According to interviews with people working for professional translation companies, price has such a high priority that quality is more and more fading into the background, and this gives more space to MT [machine translation].

Pourtant, la qualité devrait être notre souci premier, il me semble. Notre capacité de rendre aussi bien le sens que la texture ajoute à la valeur du produit final. C’est ce qui fait la pertinence de notre profession.





Gazouillons gaiement

29 11 2012

Les réviseurs Grant Hamilton et François Lavallée viennent de faire paraître chez Linguatech Tweets et gazouillis pour des traductions qui chantent, un livre qui rassemble une sélection de microbillets qu’ils ont publiés à l’origine sur Twitter. Étonnamment informatif, et parfait pour de l’autoperfectionnement à petite dose!

Au sujet de Twitter, voici mes conseils si on vous confie la traduction de gazouillis :

  • Il est impératif de ne pas dépasser 140 caractères, ce qui comprend les hyperliens. Le plus simple, c’est de tester vos microbillets en les tapant directement dans la petite fenêtre « Écrire un nouveau Tweet… »  de Twitter (vous devrez créer un compte). De cette façon, vous verrez aussi l’espace gagné grâce au raccourcisseur d’URL intégré.
  • Optez pour un style télégraphique.
  • Comme pour la traduction des slogans, c’est le message, l’intention qui compte. Il faut adapter. Si vous restez trop près de l’anglais, vous risquez de toute façon de manquer d’espace…
  • Il est tout à fait acceptable de faire usage de certaines abréviations (mais n’abusez pas, tout de même).
  • Les mots-clics (hashtags) doivent aussi être traduits. Ils sont précédés d’un carré (#) et ne doivent comporter aucun espace. Un mot-clic peut-être une série de mots agglutinés les uns aux autres, par exemple #vendredionlit. Selon votre sujet, il existe peut-être déjà un mot-clic bien établi dans la « twittosphère ». Fouinez un peu en utilisant la fonction de recherche pour vérifier si ça ne serait pas le cas.

Enfin, on trouve dans le Centre d’aide de Twitter un glossaire qui pourra vous aider si vous en êtes à vos premiers pas dans la twittosphère.





La traduction, un mariage?

26 03 2012

Le traducteur serait celui qui marie les textes
comme Socrate était celui qui faisait accoucher les esprits. 

— Pierre Assouline,
« Ne tirez pas sur le traducteur », La république des livres 





Diatopix

26 02 2012

Le moteur de recherche Google peut s’avérer utile pour vérifier l’usage d’un mot ou d’une expression, sauf qu’il ne permet pas aisément de distinguer les variations géographiques.  Par exemple, « lave-linge » est un terme correct, mais ne s’emploie à peu près pas au Canada, où on lui préfère « laveuse ».

Patrick Drouin a conçu un outil intéressant qui aide justement à mieux cerner ces variations : Diatopix.





Une seconde paire d’yeux

26 01 2012

« La connaissance d’une langue étrangère équivaut à posséder une seconde paire d’yeux ou d’oreilles. Elle élargit nos horizons personnels et permet de mieux comprendre nos semblables. »

— Walter May, cité par Zygmunt Stoberski
(« The role of Translation in the Development of  the World Culture », dans Babel, vol. 18, no 4) et traduit par Jean Delisle dans La traduction raisonnée, 2e édition, Presses de l’Université d’Ottawa, 2003.