Un perfectionnement appelé lecture

22 05 2018

Traductrices et traducteurs ont besoin de lire pour affiner leur maîtrise de la langue, faire le plein de tournures idiomatiques, connaître les expressions à la mode, etc.

Le paradoxe, c’est qu’ils lisent peu (on me le confirme régulièrement). Après une journée passée à trimer sur leurs textes, ils aspirent à des loisirs moins textuels — on ne peut guère le leur reprocher — et on alloue en général peu ou pas de temps pour ce perfectionnement nécessaire qu’est la lecture dans le cadre du travail.

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Joindra, joindra pas

6 04 2018

Dans les communications internes, on voit souvent les expressions du genre join me in ou please join us. C’est tout naturellement « se joindre à » qui vient d’abord en tête à celui ou celle qui traduit, mais est-ce toujours la traduction la plus idiomatique? Non. Voici quelques solutions de rechange :

  • soyez des nôtres;
  • je vous invite à;
  • ensemble [« accueillons ensemble », « souhaitons ensemble », etc.].

 





Point médian

13 10 2017

Un de ces jours, je vais finir par publier ici un article sur la rédaction inclusive. En fait, je soupçonne que si j’aborde le sujet, il me faudra plusieurs articles pour en faire le tour d’une façon satisfaisante, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je l’évite. Je préfère investir mes énergies ailleurs. En attendant, permettez-moi tout de même de dire quelques mots au sujet d’un des procédés à la mode pour inclure femmes et hommes à l’écrit : le point médian.

Qu’est-ce donc que le point médian?

Voici un exemple :

Les étudiant·e·s sont intelligent·e·s.

Je me suis renseignée auprès d’un expert en technologies adaptées, et celui-ci a confirmé mes soupçons, à savoir que le point médian — tout comme l’oblique, les parenthèses et les caractères apparentés — rend le texte plus difficile à lire et à comprendre pour les personnes ayant une perte de vision qui utilisent un dispositif de synthèse vocale.

Alors, si l’accessibilité vous importe, privilégiez d’autres procédés d’écriture inclusive.





Dictionnaire des canadianismes en langue anglaise

4 04 2017

L’Université de la Colombie-Britannique a récemment mis en ligne la deuxième édition du Dictionary of Canadianisms on Historical Principles.

À l’entrée « pop », par exemple, on apprend que le mot « pop » est le plus utilisé au Canada anglais pour désigner une boisson gazeuse, mais que les anglophones de Montréal préfèrent « soft drink », tandis qu’aux États-Unis, c’est le mot « soda » qui prime.





La côte ou le côté?

6 02 2017

Le quotidien Le Devoir publie aujourd’hui un entretien avec Delphine Horvilleur qui mentionne un détail intéressant concernant la traduction de la bible :

[…] contrairement à la Bible chrétienne, selon la Bible hébraïque, l’humanité a d’abord été créée à la fois masculine et féminine. Même le second épisode, celui de la célèbre « côte d’Adam », ne demanderait qu’à être relu, dit-elle, en soulignant que le mot hébraïque qui signifie « côte » peut aussi vouloir dire « côté ». Au lieu de retirer une côte d’Adam, Dieu aurait alors simplement séparé son côté féminin.

Simple question de traduction ? « De façon troublante, dans un monde où les traducteurs étaient tous des hommes, on a choisi la première interprétation. Mais ce qui m’étonne c’est qu’on s’y accroche. Comme si de nouvelles interprétations ne pouvaient pas encore faire parler ce texte.

— Christian Rioux, « Delphine Horvilleur, un « rabbin laïque »», Le Devoir, 6 février 2017.





La kakistocratie étasunienne

1 02 2017

L’élection de Donald Trump stimule la créativité lexicale. Outre les très courants faits alternatifstrumperies et post-vérité, on voit aussi apparaître des appellations plus pointues, comme kakistocratie :

Après la première vague de nominations de Donald Trump, certains commentateurs proposent de désigner l’ère politique qui s’ouvre comme une kakistocratie. Comme tous les autres mots qui désignent un régime de gouvernement, le terme tire son étymologie du grec ancien. À l’inverse de l’aristocratie, de « kratos », le pouvoir, et « aristos », excellent, le gouvernement par les meilleurs, « kakistos » désigne « le pire »: une kakistocratie est donc le pire gouvernement, ou le gouvernement des pires, des plus mauvais.

— Jean-Laurent Cassely, « Trump inaugure-t-il le règne de la « kakistocratie », le gouvernement des pires? » Slate, 21 novembre 2016.





La bilinguite

1 12 2016

#BriserLesBarrières — c’est le nom d’une campagne lancée dans les médias sociaux autour de la Journée internationale des personnes handicapées (3 décembre). La campagne a naturellement été conçue en anglais et, dans la langue de Shakespeare, elle s’intitule #BreakingDownBarriers.

Si la campagne avait été pensée en français, on aurait plutôt parlé d’obstacles. Le mot-clic aurait peut-être été #àBasLesObstacles.

Pour moi, le choix très malheureux (et non idiomatique) du mot-clic #BriserLesBarrières est un symptôme de bilinguite.

Qu’est-ce que la bilinguite, demanderez-vous? (Non, n’ouvrez pas le Petit Robert, le DSM ou le Merck.) La bilinguite est une maladie langagière chronique qui frappe les individus bilingues. Elle sévit plus particulièrement dans les organisations et régions caractérisées par un bilinguisme asymétrique. Elle se manifeste entre autres par une insistance bête et aveugle sur un parfait alignement entre les langues et un attachement superstitieux au mot-à-mot. En Amérique du Nord, vous saurez sans l’ombre d’un doute que vous êtes face à un cas de bilinguite si votre locutrice ou votre locuteur vous prie de modifier une traduction avec un argument du genre : « Oui, mais ça ne ressemble pas assez à l’anglais… »

Il va sans dire que la bilinguite est très difficile à traiter.